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Verone MANKOU
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Et si les tyrannosaures étaient végétariens ?
Il y a un peu plus d'un siècle, alors que la paléontologie faisait ses premiers pas, les Américains Osborn et Brown firent une découverte dont on parle encore abondamment aujourd'hui. En effet, ils furent les premiers à déterrer les os du plus cinématographique des bestiaux affamés : le tyrannosaure. Certes, il n'avait pas de nom à l'époque (forcément !) mais, au vu des restes préhistoriques exhumés par les deux scientifiques, ces derniers ne doutèrent pas d'être en présence du plus formidable prédateur que la Terre ait jamais porté. Ils le nommèrent donc Tyrannosaurus Rex, le "Roi Tyran des Lézards" !
En parlant de nommage, justement, je me suis récemment demandé quels pouvaient être les tout premiers noms de domaine réservés à l'ère primaire du Web. J'ai donc enfilé ma veste en cuir rapé, posé un vieux chapeau sur ma tête et, armé de ma souris préférée en guise de fouet, je me suis lancé dans l'inconnu. Ceci dit, compte tenu de l'histoire encore jeune d'Internet, je n'ai pas eu à défricher beaucoup de jungle avant de trouver mon bonheur. Le premier nom de domaine jamais enregistré est donc...
... roulements de tambour...
Ta-daaa ! Le vénérable ancêtre se nomme SYMBOLICS.COM, enregistré le 15 mars 1985.
Oui, je sais, un nom pareil, ça laisse une drôle d'impression. Un peu comme si on venait d'apprendre que le vrai prénom de Plastic Bertrand c'était Roger (comment ça, c'est le cas ?!). On ne peut pas s'empêcher de se dire que ça aurait pu être quelque chose de moins... banal. Sans compter que ma quête des origines du web n'aura duré que quelques minutes. On repassera donc pour l'aventure. Un peu frustrant quand même.
Mais le pire reste à venir.
Revenons un instant à notre tyrannosaure de tout à l'heure. Lorsque l'article annonçant sa découverte parut dans le New York Times, en 1905, un autre dinausore faisait parler de lui de façon bien plus spectaculaire : le diplodocus. En effet, un squelette entier de l'énorme animal, découvert peu de temps auparavant, venait d'être érigé dans le hall du prestigieux Musée Carnegie de Pittsburgh en Pennsylvanie. Le public en était époustouflé, l'évènement faisait les gros titres et même le roi Edouard VII d'Angleterre avait fait le déplacement exprès pour le voir. Autant dire que pour les deux paléontologues Osborn et Brown, travaillant pour un musée concurrent, il fallait frapper un grand coup pour attirer l'attention sur leur propre découverte. Henry Osborn fit alors publier un article où il présenta le propriétaire des quatre bouts d'os que son assistant venait de découvrir dans le Montana comme étant le "Roi des rois dans le domaine de la vie animale, le monstre le plus agile de sa génération, une machine à tuer qui règnait sur ses voisins herbivores pourtant deux fois plus grands que lui". Il n'en fallut pas davantage pour que l'engouement du public soit à son comble. Et le mythe du T-Rex venait de voir le jour... par la grâce d'une campagne de communication marketing rondement menée. Car, il faut bien le dire, non seulement Osborn n'avait pas vraiment étudié le squelette avant d'en parler, mais la réalité scientifique se chargea ensuite de placer notre gros lézard bien en-deça du costume que les romanciers et les cinéastes lui taillèrent au cours du siècle qui suivit. On sait, par exemple, aujourd'hui, qu'il n'était ni le plus gros carnivore, ni le plus rapide, ni le plus féroce, et certains scientifiques n'hésitent pas à remettre en question son statut de prédateur au vu de sa morphologie de grosse brute aux petits bras et... aux dents fragiles ! Si, si... Le tyrannosaure pourrait bien n'avoir été qu'un vulgaire charognard. Autant dire que le mythe en prend un sérieux coup.
Imaginons maintenant qu'on apprenne qu'en plus de tout cela, la bestiole n'était même pas friande de viande, et que son régime alimentaire était surtout constitué de simples salades de feuilles et de fougères (sans vinaigrette, à cause du cholestérol) ! Nul doute que l'une des cases "Monstre" de notre inconscient collectif s'en trouverait subitement vidée de son occupant, pour le plus grand plaisir des psychothérapeutes.
Eh bien, c'est un peu le sentiment que j'ai eu en allant voir le fameux site détenteur du plus vieux nom de domaine jamais réservé. Non seulement le design est d'époque (1985, rappelons-le) mais même le texte semble ne pas avoir été modifié depuis. Pire encore, bien que le domaine ait plus de vingt-deux ans d'ancienneté, son PR est à... zéro !
Trafic ? Quasi nul, sauf lorsqu'il arrive qu'on parle de lui et que ça attire quelques curieux (ce qui sera sûrement encore le cas cette fois-ci). Popularité ? Inexistante ou presque, avec 37 malheureux petits liens référencés dans Google. Navigabilité, optimisation, rentabilité ? Nulle, nulle et nulle. Intérêt même du site ? Je le cherche encore.
En fait, c'est à croire que la société Symbolics n'a aucune idée de ce qu'elle pourrait faire avec son site. Peut-être n'avait-elle même déjà aucune intention particulière en réservant le premier nom de domaine de l'histoire. Un truc pour rigoler sans doute. Quand on voit que le premier nom de domaine en .org (mitre.org) bénéficie aujourd'hui d'un PR 8 alors que je suis certain qu'aucun d'entre nous n'en a jamais entendu parler jusqu'ici, on se prend à réver à ce que NOUS, on aurait pu faire avec un dotcom de plus vingt ans d'âge.
Non, vraiment, si demain j'apprenais que le tynannosaure broutait comme une vache, je m'en remettrais sans problème après la claque que vient de me donner symbolics.com et son incroyable inconséquence.
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