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Yahoo! ou le rêve pourpre.

Le prochain changement d’exécutif de Yahoo est l’occasion de (re)découvrir la façon dont la firme de Sunnyvale (Californie) recrute son personnel en ligne. Pour cela, direction Yahoo! Careers, le service interne de recrutement Yahoo.

Là, d’emblée, le ton est donné. On nous attendait ! « We’re looking for people like you. Welcome to Yahoo!« . Impressionnant, on a presque le sentiment de faire déjà partie de la famille.

Vient ensuite le moment de nous rassurer sur le fait qu’on a frappé à la bonne porte. Oui, oui, nous sommes bien au seuil de la meilleure entreprise de la planète, mais attention, en faire partie n’est quand même pas donné à n’importe qui (ce qui ne va pas sans flatter mon égo, puisque, je le rappelle, j’étais carrément attendu !). En effet, Yahoo dit s’adresser quotidiennement à un internaute sur deux dans le monde, et il est donc indispensable que ses employés aient une conscience accrue de leur importance, voire même de leur impact sur des centaines de millions d’individus (Whaouh!). Une approche pour le moins flatteuse (mais non dénuée d’une certaine pression) à l’égard de ceux que Yahoo qualifie de « Big Thinkers » (grosses têtes ?) et que l’entreprise cherche à recruter car ils « incarnent à la fois le plaisir de travailler, l’innovation et esprit d’équipe qu’on ne retrouve que chez Yahoo!. »

Et dire que certains continuent à chercher le bonheur dans un pré…

Passé ce laïus emphatique, lequel est censé convaincre définitivement le futur candidat qu’il va conquérir le monde en rejoignant Yahoo, reste encore à choisir la branche dans laquelle il va pouvoir exprimer pleinement ses compétences. Et là, on lui parle alors de son cerveau. Rien de moins.

Soit le candidat est du genre à avoir « la technique qui lui coule littéralement dans les veines » (sic.), auquel cas il fait partie des Left Brainiacs (traduisez : génies utilisant la partie gauche de leur cerveau), soit il s’agit d’un créatif passionné bouillonnant d’idées et il s’agit d’un Right Brainiac (surdoué du cerveau droit).

A chaque hémisphère du cerveau correspond alors, toujours selon Yahoo, un certain nombre de métiers pour lesquels le candidat va pouvoir postuler. A noter au passage que le cerveau gauche, ainsi que les métiers correspondants, sont représentés dans des nuances de rose-violacé, tandis que tout ce qui concerne le cerveau droit tire plutôt sur le bleu. Mais rien à voir avec une quelconque distinction homme/femme. Non, c’est plus subtil…

En fait, ce qu’on pourrait prendre pour du rose est en réalité du violet. Mais pas n’importe quel violet ; il s’agit du « Yahoo purple », soit THE purple, le violet  dont la société fait ses t-shirts, la couleur maison, quoi. De là à en déduire que certains postes correspondent davantage à l’esprit Yahoo que d’autres, il n’y a qu’un pas… que je m’empresse de franchir allègrement. Ainsi, si vous êtes un left brainiac et que vous travaillez dans l’ingéniérie, l’information système, la gestion de production, la recherche ou le webdesign par exemple, alors, vous avez la Yahoo! attitude. Vous faites partie des violets (à vous les t-shirts).

Quant aux autres… ben, ils sont « bleus ».

Sont-ils pour autant considérés comme des pièces rapportées, des salariés « juste » nécessaires à la bonne marche de l’entreprise ? Peut-être.

Lorsqu’on arrive sur la page qui présente plus en détail les emplois « violets » (réservés aux left brainiacs) on voit une bonne cinquantaine de personnes la mine réjouie de porter les couleurs de Yahoo et faisant « coucou » au photographe. Sur la page des right brainiacs, en revanche, on voit cinq malheureux employés qui font mine de sauter de joie dans la rue, à quelques pas d’une enseigne au néon portant le nom de leur employeur. Malgré leurs sourires forcés, le bout de leurs doigts congestionnés trahit une température extérieure assez basse pour justifier leur appartenance au groupe des « bleus ». D’ailleurs, maintenant, je me demande s’ils ne sautent pas sur place pour se réchauffer…

Plus fort encore, le mot d’ordre interne de l’entreprise c’est « Thinking Purple », qu’on pourrait traduire par « Penser Violet », ce qui ne laisse plus beaucoup de doutes quant à l’hémisphère cérébral qu’il est préférable d’avoir développé pour être de la caste des seigneurs chez Yahoo.

Mais revenons sur la page d’accueil de Yahoo! Careers. Une fois le type de fonction choisi, on découvre une liste plus ou moins longue de postes à pourvoir, et on se rend compte alors qu’on est bel et bien dans un véritable mini-site de recherche d’emploi. Des vidéos, ainsi que des témoignages de salariés finissent de confirmer à quel point travailler chez Yahoo! constitue une chance, voire un privilège. On aurait presque le sentiment qu’ils cherchent des clients plus que des collaborateurs, et à la fin on se demande si on ne devrait pas payer pour avoir, nous aussi, le droit d’entrer dans un monde aussi idyllique.

Hélàs, toutes les bonnes choses ont une fin, et il en va des rêves de grandeur comme des tartines au Nutella. C’est bon sur le moment, mais ensuite, ça laisse un goût amer quand on touche du doigt les petits bourrelets de la réalité. En l’occurence, le site de Yahoo France a eu vite fait de me ramener sur terre, avec ses huit petites offres d’emploi (dont quatre pour des stagiaires !), la plus récente datant déjà de plus de deux semaines. Quant aux conditions d’embaûche…

Bref, travailler pour Yahoo! c’est formidable. A condition d’avoir deux hémisphères gauches sous le cuir chevelu, une préférence affichée pour les t-shirts violets (hum !) et un sens de l’humour suffisamment développé pour accepter d’être payé 1000€ brut par mois avec un bac+5 pour un stage de 3 à 6 mois en moyenne.

Finalement, même si j’ai pu être flatté de leur intérêt, je crois que je vais écrire à Yahoo! pour leur dire de ne plus m’attendre…

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Pour compléter votre lecture :


  1. Brainiacs … ? Ce terme me fait penser à une excellente emission télé « so british » : Brainiacs … les puristes apprécieront :)

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Brainiac:_Science_Abuse

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  2. Bonjour

    Les emplois bien payés n’ont pas besoin de publicité. Rien que le fait de sur-vendre l’allégresse que l’on doit ressentir en étant l’un des « happy few » employé par Yahoo est par définition suspecte.

    Cette règle d’ailleurs n’est pas valable que pour Yahoo. Quand le job n’est pas bon ou paye mal, l’entreprise doit absolument travailler à la valorisation de ce job pour faire passer la pilule. Donc plus une entreprise dépense de l’argent pour valoriser ses emplois, plus ceux ci doivent être (en toute logique) sous payés.

    Note : Brainiac est aussi un ennemi (supérieurement cérébré)de Superman : http://en.wikipedia.org/wiki/Brainiac_(comics)
    (Ma culture est plus grand public ;) )

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  3. Bruno Gonzalvez dit:

    @Gilbert : Je connaisl’emission Brainiacs et je l’apprécie pour son côté déjanté inimitable. Mais j’avoue que dans le genre scientifique qui ne se prend pas au sérieux, je préfère nettement les MythBusters. Et là encore, les connaisseurs comprendront … ;-)

    @Munchausen : mon père a toujours dit qu’il se méfiait des produits dont il voyait la pub à la télé. Pour lui, cette débauche de moyens visant à promouvoir un bien signifiait que l’entreprise n’arrivait pas à le vendre autrement qu’en « jouant la comédie ». En gros, pour lui, plus un produit est de qualité et moins il a besoin de pub. C’est dire à quel point il a du mal à appréhender mes activités dans le e-marketing. Ceci dit, moi aussi parfois…

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  4. @Bruno : Je comprend :)

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  5. @Bruno

    La je suis pas d’accord avec votre père, car pour vendre un produit, il faut le faire connaître. En effet personne n’a jamais vendu un produit sans le faire connaître à au moins une ou deux personnes ^^.

    Ensuite c’est une question de stratégie, de budjet, et parfois il faut en effet faire preuve de beaucoup de conviction pour arriver à vendre un gadjet peu vendable.

    Mais nous le savons, il n’y a jamais eu la moindre annonce parue dans la presse pour les meilleurs emplois (comme par exemple patron d’une entreprise du Cac 40). Au contraire pour devenir « équipier » chez « Mac Donald’s » on fait de la publicité télévisée. CQFD

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  6. Bruno Gonzalvez dit:

    @Munchausen : je n’ai pas dit non plus que j’étais d’accord ;-)

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