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Quelques milligrammes de mauvaise foi

Suivant la tendance actuelle qui veut qu’on convertisse toute action économique en coût écologique, un chercheur d’Harvard a estimé la dette environnementale occasionnée par l’utilisation d’Internet. Mais, soucieuse d’éduquer les foules, la presse anglaise semble avoir pris quelques libertés d’interprétation. On découvre ainsi tout un tas de données à la fois énormes et dérisoires qui viennent s’ajouter au dossier déjà lourd d’Internet.

Thé ou Google

Ainsi, l’éminent scientifique a pu déterminer que chaque seconde en ligne occasionnait, directement ou indirectement, une emission moyenne de 20 milligramme de CO2. Mais parce que ça ne parle pas à beaucoup de gens, les journaux ayant relayé l’info en auraient déduit que deux requêtes Google représentaient la même dépense énergétique que lorsqu’on fait bouillir une tasse d’eau pour le thé ! Et là, ça commence à choquer le lecteur britannique. De quoi ? Devra-ton un jour choisir entre Google et notre thé quotidien pour préserver notre bonne vieille Terre ? Impensable ! Scandaleux ! D’autant que, à n’en pas douter, les impératifs économiques qui se tapissent derrière cette triste histoire donneront forcément raison au rouleau compresseur qu’est Google.

En d’autres termes, les activités économiques liées à l’utilisation du premier moteur de recherche au monde viendrait directement concurrencer (menacer ?) une bonne vieille tradition anglaise en dépensant honteusement l’énergie nécessaire à sa préservation. Attention peuple d’Albion, l’implacable machine capitaliste d’Outre-Atlantique est en train de vous déposséder de votre part des ressources disponibles sur notre petite planète bleue !

Reprenons nos esprits. Derrière cette imagerie on ne peut plus naïve, on sent l’éternel désir des média de donner une vision simpliste et quelque peu manichéenne du monde qui nous entoure. Et tout particulièrement en mettant l’accent (à tort ou à raison) sur quelques noms connus et quelques comparaisons frappantes susceptibles de cristalliser l’opinion publique. En l’occurence, il s’agit de diaboliser une fois de plus le méchant Google et sa propension à devenir ouvertement prépondérant dans le monde en ligne.

Bien évidemment, la réalité est très différente. Ou tout au moins, nettement plus complexe. Le plus ennuyé dans l’histoire, c’est justement le fameux scientifique d’Harvard qui est à l’origine de l’étude commentée. Certes, tout ce qui se passe en ligne a un impact énergétique indéniable, l’utilisation de Google incluse. Mais le chercheur n’a jamais cité le nom du moteur de recherche dans son rapport. De la même façon, il n’a semble-t-il jamais tenté de convertir les requêtes en tasses de thé. « Je n’ai aucune idée de la façon dont les journaux ont pu calculer ça », dira-t-il.

De leur côté les journalistes indiquent que leur but n’était que de mettre en exergue une situation qui permettrait ensuite à Google de mieux communiquer autour des implications écologiques de la firme. En gros, une sorte d’appel du pied à la plus grosse entreprise en ligne pour qu’elle se sente obligé de faire valoir son droit de réponse. Si possible par le même canal, au plus grand bénéfice des journaux concernés bien entendu.

Certains appelleront ça de l’information, d’autres iront même jusqu’à parler « d’investigation scientifique ». Pour ma part, j’estime qu’il s’agit tout simplement de la mauvaise foi habituelle de la presse écrite à l’encontre de l’information en ligne qu’elle a toujours perçue comme directement concurrente. Une mauvaise foi qui a comme conséquence la diabolisation chaque jour plus flagrante d’Internet auprès d’un public qui n’a pas besoin de ça pour se méfier spontanément de tout ce qui est nouveau.

Juste pour parfaire ma vision des choses, je serais curieux de connaître le coût environnemental de la publication quotidienne d’informations aussi peu objectives dans les journaux papier. Je suis sûr que, sur ce point au moins, ces derniers gagneraient largement la palme du gaspillage.

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  1. [citation] Juste pour parfaire ma vision des choses, je serais curieux de connaître le coût environnemental de la publication quotidienne d’informations aussi peu objectives dans les journaux papier. Je suis sûr que, sur ce point au moins, ces derniers gagneraient largement la palme du gaspillage. [/citation]

    Je suis entièrement d’accord avec cette approche. Il est facile de culpabiliser sur un tout petit sujet extrait quelquepart en oubliant volontairement de regarder les grosses aneries tout à côté. En fin de compte c’est une version de la paille et de la poutre !

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  2. Je ne pense pas, non plus, que Google soit le pis pollueur! Rien de plus simple que d’utiliser les médias pour essayer d’affaiblir un concurrent!
    Enfin, à nous d’utiliser notre discernement?!

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  3. Certes, Google doit pouvoir améliorer son empreinte énergétique, et je le dis en tant qu’écologiste convaincu, mais que coute les milliers de livres nécessaires à nos recherches, et surtout, un déplacement à la bibliothèque municipale, et puis l’encre…??? Enfin bref, des données c’est bien mais les mettre en perspective c’est mieux…

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  4. Vive Google qui nous rend bien de services. A-t’on calculé l’impression écologique de l’impression du journal ? De la distribution du journal ? Et de tous les journaux invendus ? Et des journaux recyclés ou brûlés ?

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  5. Il y a sur ce blog un thème proche de l’écologie, déjà traité (voir http://www.moteurzine.com/2009/01/13/demain-les-moteurs-seront-verts/ ).

    Je ne comprends pas très bien pourquoi l’on crée un nouveau thème, même si l’information que vous apportez est en soi originale.

    J’y avais commenté, dans un billet, que la presse et le pouvoir politique étaient les deux grands profiteurs de la désinformation dans le domaine de l’écologie.

    A l’évidence, il faut ajouter aussi tout un corps de chercheurs aux objectifs confus, rémunérés par l’on ne sait trop qui, et qui publient tout et n’importe quoi avec le talent particulier des universitaires à poser leur cul entre deux chaises (« je me suis mal fait comprendre, cher ami ») .

    Méfiance à l’égard des universités dont les budgets de recherche sont co-financés par des sociétés privées. Je ne dis pas que ce système est mauvais, il me paraît même excellent dans le sens où il permet à des étudiants d’être en prise avec la réalité , tout en allégeant la contribution de la collectivité à leur éducation. Mais restez attentifs aux résultats de leur recherches, et ne les prenez pas comme des vérités scientifiques. D’ailleurs, tous les scientifiques peuvent se tromper, même ceux qui ne sont pas stipendiés.

    Il y a aussi un autre groupe de profiteurs: ceux qui financent les chercheurs; sociétés cotées en bourse le plus souvent, qui ont tout à gagner de la grande peur écologique. Ou qui ont tout à gagner à la contrebattre.

    Comme le disait Woody Allen, « life is a restaurant ».

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