Quand je snobais Google

Il n’y a pas si longtemps, Google ne m’intéressait pas.

J’ai bien conscience du caractère sacrilège de cette phrase, surtout dans les colonnes de MoteurZine, mais c’est pourtant la vérité. Et quitte à mettre les pieds dans le plat, je vais le faire sans me déchausser : non seulement le plus célèbre d’entre eux ne m’intéressait pas, mais tout ce qui pouvait s’apparenter, peu ou prou, à un moteur de recherche me laissait totalement indifférent.

Passionné d’informatique et d’Internet, c’était l’aspect purement technique qui retenait mon attention. Imaginer un service susceptible d’intéresser les internautes et le coder proprement, c’était ça le cœur de mes activités. Et il suffisait que quelques internautes utilisent le service proposé pour que je me sente comblé.

Si le principe du référencement ne m’était pas inconnu, je m’en étais fait une vision très limitée et surtout péjorative.

Soumettre son site dans les annuaires, voilà ce que ça signifiait pour moi. Et quand il me venait une petite pulsion de référencement, la tache à accomplir me paraissait tellement fastidieuse que ça ne durait jamais plus de dix minutes. Sans connaissance des véritables enjeux, puisque je ne voyais même pas l’impact dans les moteurs de recherche, je zappais les annuaires. Et tous les mails avec un objet du style « proposition de partenariat » ou « échange de liens » finissaient invariablement à la poubelle.

A mes yeux, rien ne pouvait égaler les joies de la sacro-sainte programmation. En comparaison, le référencement n’entrait pas dans le panthéon de mes activités préférées, on s’en doute, je crois même que je lui aurais refusé la cave.

Cette image négative tient aussi à ce pullulement de sites souvent laids et offrant tous le même service de soumission automatique dans des flopées d’annuaires tous identiques et tout aussi moches d’ailleurs et dans lesquels on ne pouvait manquer de disparaître noyé sous l’effet de masse. Allez, puisque je suis là pour dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, tant pis si mon cas vous semble désespéré, mais les compétences « informatiques » pour monter un annuaire ou pour y soumettre des sites me paraissaient si maigres que mon mépris pour les référenceurs ne cessait, lui, de prendre du gras.

Voilà une belle généralité me direz-vous. Et j’aurais pu m’y complaire longtemps si je n’avais rencontré un référenceur en particulier, un vrai, en la personne de Thomas.

Je me souviens de notre première discussion sur le sujet. Et surtout de sa réaction quand je lui ai annoncé que sur les 1000 visiteurs/jour que faisait mon site, la part revenant aux moteurs de recherche était de…

Zéro. Oui, vous avez bien entendu. Zéro !

Ce chiffre aurait figuré la température de la pièce que cela n’aurait rien changé au sourcil de Thomas, figé d’un coup. Je pense que le bonhomme hésitait entre la surprise et l’incrédulité. Sans doute devait-il me considérer comme une singularité informatique, une espèce de trou noir dans la toile, une aberration numérique dans l’espace Googlien ? Toujours est-il que cette révélation signe le point de départ de nos échanges sur le référencement.

Fort heureusement, cette première discussion n’a pas dégénéré en confrontation stérile. C’est que l’informatique est parfois vécue comme une religion : deux informaticiens qui s’affrontent à midi et c’est la Saint Barthélemy qui s’invite à déjeuner. Dans le cas qui nous occupe, ce n’était pas un déjeuner mais un dîner, et c’est en toute amitié que nous avons pris congé l’un de l’autre.

Evidemment, ce que Thomas a tenté de me transmettre sur le référencement n’était pas encore suffisant pour faire tomber tous mes a priori. Il n’empêche, j’étais comme qui dirait un brin déstabilisé par le fait qu’un Webmaster non programmeur puisse générer autant de trafic sur ses sites Internet par le seul biais des moteurs de recherche, Google en tête.

L’évènement – et je pèse mes mots, qui allait me faire changer d’avis, est arrivé quelques jours plus tard sous la forme d’un mail. Quelques mots courtois de la part de Thomas, suivis d’un lien mystérieux pointant vers Google Adwords, le générateur de mots clefs. Je clique, je découvre l’interface et, enfin, je comprends de quoi il retourne. Cet outil permet de savoir ce que les internautes cherchent dans Google, à la virgule près. On peut savoir avec exactitude les requêtes tapées et leur fréquence (par mois).

Là, je l’avoue, mon sang n’a fait qu’un tour, et mon esprit un looping. Les mots clefs que je tapais de plus en plus frénétiquement aboutissaient à des résultats chiffrés, clairs, nets et précis. Je savais qui faisait quoi, comment et combien. Je crois avoir été traversé par un sentiment divin de toute puissance, comme si la connaissance infinie du grand tout m’était enfin donnée (non, je ne prends pas de drogue). Bon, j’ai peut-être un peu perdu mon sang froid, c’est vrai, mais enfin, j’étais sous le coup d’une révélation. Et quand mon corps a repris sa température normale, alors j’ai pu saisir la portée véritable de l’outil que j’avais entre les mains.

S’il est possible de connaître avec précision ce que les internautes recherchent dans Google, alors il ne reste plus qu’à faire en sorte d’apparaître dans les pages de résultats, me disais-je.

Et comment appelle-t-on cette technique ou cette science qui permet d’apparaître dans les SERP de Google ?

Le référencement.

Si telle était sa volonté, alors Thomas peut se féliciter, car effectivement j’ai mordu à l’hameçon. Je m’informe aussitôt des différentes techniques de référencement, notamment pour ce qui concerne l’optimisation du site, et voilà que je modifie mes pages web pour les bien positionner dans Google et ce, relativement à une requête très précise.

Le phénomène tant attendu, à propos duquel je commençais à nourrir quelques doutes, vu qu’il n’a pas été immédiat, s’est quand même produit : enfin mon site recevait des visiteurs de Google et de plus en plus à mesure qu’il montait dans le classement. Je pense qu’à ce niveau de cet article, j’en ai déjà fait sourire quelques-uns. Peut-être maintenant va-t-on rire à gorge déployée si je dis que la régularité avec laquelle les visiteurs venaient chaque jour de Google m’apparaissait comme un tour de magie ?

Plus sérieusement, ma « rencontre » avec Google a radicalement modifié ma vision de l’Internet et affecté en profondeur ma façon de concevoir un site Internet. Pour tout dire, j’ai l’impression d’être passé de l’ombre à la lumière, de la cécité à la vue. Je pourrais lister toutes les étapes qui m’ont conduit à me passionner pour le référencement, mais je m’aperçois que cet article est déjà trop long.

J’irai donc à l’essentiel.

Tant que Google sera utilisé par la majorité, il constituera le seul grand interlocuteur capable de mettre en relation une page web et un internaute. A mes yeux, le référencement n’est pas autre chose qu’un moyen d’optimiser ce rapprochement. Et ce n’est pas rien. Il s’agit de comprendre et de manipuler un « langage » complexe. Ce langage a ceci de particulier qu’il évolue chaque jour. Et pour cause : à force de mettre en concurrence des webmasters d’un côté et de prendre en considération les désirs des internautes de l’autre, le point de rencontre est à peu près aussi stable qu’une particule à l’échelle quantique. On imagine alors la finesse des expressions et la spécialisation des outils pour descendre à un tel niveau de minutie.

L’objectif avoué de cet article était de relater ma première expérience avec Google.

Un autre, plus secret, consistait à capter l’attention d’un développeur Internet, hermétique aux moteurs de recherche comme je l’étais il n’y a pas si longtemps, pour l’amener progressivement à s’ouvrir au référencement. Car le jeu en vaut la chandelle.

Si ce développeur campe sur ses positions et s’entête à voir dans le référencement un mal nécessaire, il finira de toute façon par manquer d’air.

Car le poumon d’Internet se trouve là, dans cette interaction massive entre les uns et les autres, via Google.

Gérald Noël : J’ai chopé le virus de l’Internet au détour d’un manuel HTML acheté en 2001. Après, forcément, on tate du javascript, et comme on n’en a jamais assez, on s’éprend de PHP, et comme il en faut encore et toujours plus, on drague Mysql, et pas fidèle pour deux sous on s’emballe pour l’actionscript. Donc, voilà, j’y peux rien c’est comme ça et puis c’est tout : j’en pince pour la programmation Internet, j’aime le code, voilà j’ai tout dit.

Note: 4.67 sur 5
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9 Réponses pour “Quand je snobais Google”

  1. :)

    Comme souvent … ce n’est pas mal (comme le dirait un docteur incarné par Antoine de Caunes à l’epoque de Nulle part ailleurs) … !

  2. Incroyable ! C’est mon portrait tout craché. Non seulement je ne fais aucun effort de référencement mais quand je compile en AS3 je supprime les balises meta générées automatiquement, c’est pour dire.
    Ceci dit c’est vrai que grâce aux listes de diffusion qui unissent de petites communautés aux centres d’intérêts bien précis, on peut vivre sans Google.

  3. J’ai encore été scotché par cet article trop court…
    En ce moment j’essaie de cerner la “dynamique text” des annonces dans Microsoft, oui, parce que j’aime trop google je vais chez un concurrent ;-) Ma question du jour est: Faut-il choisir {keyword} ou {param}? existe-t-il une video en français pour expliquer toutes les ficelles de cet ad?

  4. C’est un bel et bon article mais…

    Il diffuse encore l’idée que le référencement Google est “tout puissant” au point qu’il faille ne jurer que par lui (l’église du dieu google n’est pas loin).

    La tentation est grande de pousser son optimisation en gardant l’oeuil sur les statistiques. A l’extrême de cette forme de pensée (notamment pour un développeur)se trouve des pages tellement optimisées pour le référencement quelles perdent toute valeur pour le commun des mortels. Hors les site sont fait pour des humains n’est-ce pas ?

    A vrai dire je pense que le truc le plus intéressant de cet article est évoqué au début lorsque le rédacteur parle des 1000 visiteurs/jour qui venaient sur son site. J’avoue que je suis curieux de savoir comment ?

    Il ne faut pas oublier que l’amour de google (pour votre site) est une chose extrêmement fluctuante et qu’un trafic bien constitué ne se base pas uniquement sur le référencement. En fait le trafic venant du grand “G” doit être normalement équivalent au tiers de vos visites (40% maximum) pour protéger la valeur de votre business en cas de dés amour des moteurs de recherche pour votre site. Le reste est constitué de la promotion (publicité, lien sponso,…) et d’accès direct à votre nom de domaine (fidélisation, notoriété, publicité classique,…).

    Si votre business dépend uniquement du trafic fourni par Google. Imaginez l’influence d’un dé-référencement sur celui-ci lorsque votre site passera de la 5ième place a la 20ième ou que Google aura décidé que votre site fait courir un risque de sécurité aux visiteurs.

    Lors de la fameuse panne “rueducommerce” a vu ses visites (donc ses ventes) baisser de 20% malgré sa grande notoriété. Je pense que la majorité d’entre-nous sont loin d’avoir la même n’est-ce pas ?

    Les pure-players du commerce en ligne doivent être extrêmement attentifs à ne pas être dépendant du bon vouloir de Google. Qu’on se le dise !

  5. [...] Source : Moteurzine.com [...]

  6. Bonjour à tous !

    Je découvre que Loïc a touché deux mots de cet article sur son blog et je l’en remercie :
    http://www.loicmorvan.fr/2009/02/quand-il-snobait-google/

    Je remercie aussi Munchausen pour son commentaire très fourni, dont je partage les vues d’ailleurs.

    Juste une petite précision. Il s’agissait avant tout de rapporter ma découverte du monde du référencement, laquelle s’est faite à travers Google. Je n’ai pas forcé le trait d’ailleurs, je l’ai vécue un peu comme une rencontre du troisième type. Tous ces moteurs que je considérais comme des choses sans réalité, des ovnis, se sont d’un coup matérialisés sur mon écran : je ne dis pas que j’ai touché le doigt d’un extra-terrestre, mais pas loin. Quand une rencontre laisse pareille empreinte, il faut parler de “choc” et c’est ce moment précis qu’il convenait de décrire. Alors bien sûr, tout ce qui en découle, et qui est un peu remis en cause par Munchausen, à savoir l’enthousiasme débordant pour Google, cet “Eureka” devant ce qu’il faut bien appeler une sacrée trouvaille, cette ferveur religieuse même, a la qualité d’un instantané, et qui représente cet instant très court où l’on débute.
    Je ne souhaitais donc pas diffuser l’idée que le référencement Google était ou devait être tout puissant, mais dire que le débutant éprouve cette idée dans sa chair.
    Si Munchausen souhaite, dans son commentaire, modérer la toute puissance de Google, ma conclusion, elle, cherchait à réduire l’excès inverse et à rétablir un peu l’équilibre entre un 100% développement et 0% référencement.

  7. Salut,
    Parfois il y a des articles longs et ennuyeux mais celui là ne l’est pas du tout. C’est vrai que le référencement google est capital pour un site web. N’en déplaise à “Munchausen” moi je mise 100% sur google. Depuis que mon site apparaisse sur les trois premiers de google, les inscriptions ont explosé. Je pense que quand on boss on choisit de le faire avec le meilleur. Et le meilleur c’est GOOGLE mon bien aimé. C’est un moteur de recherche qui pour être sérieux mise sur la qualité. Je suis pas un as du référencement mais je sais qu’avec un référencement clean on ne risque pas d’être Back lister par google. Mais je me pose aussi cette question: comment L’auteur de cette article a pu drainer plus de mille visiteurs par jour sans l’aide des moteurs de recherche?
    Donnez moi votre secret et j’en ferai de l’or!!!!! :D

  8. Je répondrai plus longuement plus tard.
    Le site dont il est question s’appelle hebdozic, lequel est très différent à présent.
    il s’agissait à l’époque d’un top de sites musicaux (ils sont très nombreux) avec un service de statistiques. Chaque site devait apposer le logo hebdozic ainsi qu’un bout de code pour calculer en temps réel la fréquentation des sites. Jusque là, pas de problème. Sauf que le calcul de statistiques en temps réel consomme énormément de ressources informatiques. :)

  9. Ah Ok je comprends maintenant. J’ai visité le site. le concept est intéressant. J’y jetterai un coup d’œil demain. Merci :D :D

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