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Paradoxes de salon

Prochainement, je vais participer à un salon professionnel pour le compte d’un leader du logiciel de référencement et de positionnement. Et comme chaque fois qu’il m’a été donné l’occasion de vivre ce genre d’évènements, je m’attends à certaines contradictions dont j’aimerais parler ici.

Commençons par le commencement, les gens. Dans le domaine d’internet, un salon c’est surtout l’occasion de rencontrer « en vrai » des personnes qu’on côtoie parfois tous les jours à travers son écran. Ça n’a l’air de rien, mais ça peut tout changer dans une relation professionnelle par exemple. On dira ce qu’on veut, une bonne partie des gens qui travaillent en ligne ne sont pas doués pour les relations humaines, et bien souvent le rapprochement avec leurs congénères tend à les desservir plus qu’à les favoriser. On a d’abord les grands timides qui se retrouvent incapables de parler clairement de leurs produits alors que ce sont des maîtres de l’argumentation sur des forums ou sur leur blog ; on a aussi les asociaux qui refusent les codes et qui semblent venus uniquement pour réaffirmer leur différence, au grand désarroi de leurs commerciaux qui peinent ensuite pour redorer le blason maison ; on a enfin la cohorte de gens brillants qui se sont fait violence pour apparaître en public et qui ont dû pour cela apprendre à forcer le trait au risque de devenir des caricatures d’eux-mêmes, lubriques, lourdingues, imbuvables et finalement formidablement contre-productifs en matière commerciale. Tout ça donne une ambiance un peu surréaliste ou chacun s’efforce de faire bonne figure auprès de tout le monde tout en étant surtout pressé de se retrouver seul en tête-à-tête avec son PC.

Parlons maintenant un peu de la rentabilité d’un tel salon. Certains organisateurs vont jusqu’à dire qu’un évènement de ce genre est susceptible de générer près de 80% du chiffre d’affaires annuel d’une entreprise exposante. Dans la réalité, entre la location du stand, les frais induits (goodies, publicité, échantillons…), le déplacement, la restauration et l’hébergement, c’est surtout l’occasion pour une petite boite de griller 80% de son budget communication assez facilement. Car finalement, on ne vend pas sur un salon, ou peu, et on s’estime satisfait lorsque les contacts pris durant ces quelques jours ont débouché sur quelques commandes ultérieures permettant de couvrir les dépenses générées. Certes, quelques sociétés parviennent néanmoins à tirer leur épingle du jeu (et j’en connais même une ou deux qui réalisent une excellente performance) mais c’est loin d’être la majorité…

Vient enfin la motivation, cet étrange instinct qui pousse ainsi des professionnels du Web à venir  régulièrement s’enfermer sous de gigantesques châpiteaux metalliques et participer à une sorte de grand cirque 2.0, où chacun est à la fois artiste et spectateur, à grands coups de panneaux promotionnels colorés et autres kakemonos flamboyants. En fait, je pense que l’idée principale qui sous-tend toute participation c’est la crainte d’être justement oublié. Il y a les visiteurs, c’est vrai, qui viennent faire un tour au salon comme on va au zoo, sauf qu’on peut discuter avec les singes et qu’on n’a pas besoin de leur jeter des cacahuettes (non, non, vraiment n’insistez pas, c’est inutile). C’est bien de rappeler au public qui on est, même si on ne se fait guère d’illusion sur sa capacité à susciter brusquement des impulsions d’achat irrépressibles auprès des badauds qui passeront devant notre petit box anonyme. Mais il y a surtout les autres exposants, concurrents parfois, observateurs toujours. Chacun jauge ses voisins, regarde ce qu’ils font, essaie d’évaluer leurs forces et leurs faiblesses. On se salue, on s’étudie, on se tourne autour et on repère tout autant ceux qui sont là… que ceux qui n’y sont pas ! Car s’il y a bien une chose qu’on veut éviter lors d’un salon, c’est de NE PAS être là. Les absents ont toujours tort.

Et tant que ce sera comme ça, les grands gagnants d’un salon à succès continueront d’être… les organisateurs.

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  1. Bonjour

    ca me rappelle quelques chose cela … étrange … comme c’est étrange ;)

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  2. Hello,

    Tout comme Gilbert, ça me rappelle des choses … Et n’oublie pas les semelles : Deux jours debout, ça tasse =)

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  3. Très beau billet. Fin, bien écrit, plein d’humour et tellement juste.

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  4. Oui, oui mais cela existe dans tout les milieux,…
    Ayant pratiqué pas mal de « foire exposition » dans d’autre domaine, cela ressemble étrangement à vos propos. C’est un peu triste.

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  5. Bravo Bruno pour la finesse de l’analyse et la qualité de l’écriture.

    Ce qui me chagrine, c’est que l’observateur joue dans le jeu et y contribue largement : cela n’est pas cohérent :

    Je vous propose donc à l’avenir de choisir votre camp : soit vous critiquez et vous allez au bout de vos convictions en quittant un navire qui ne vous convient pas, soit vous prenez le système comme il est, vous y restez et vous oeuvrez de l’intérieur à son évolution….

    Je résumerais la chose ainsi : pour pouvoir critiquer un plan d’entreprise, il faut d’abord y adhérer pleinement… et critiquer, c’est anti-adhérer!.
    Bonne continuation

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  6. @Jean Marie > Mais que serait la foire sans ses … bêtes ? N’est ce pas ce qui en fait le charme ? =)

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  7. Cet article m’a donné envie de visiter l’un de ses salons ! :D

    Par contre :
    Pour pouvoir critiquer un plan d’entreprise, il faut d’abord y adhérer pleinement… et critiquer, c’est anti-adhérer! ?!?!?
    Attention à ce genre d’idéologie ; c’est dangereux, extrêmement dangereux et par là même révoltant ! :evil:

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  8. @jeanluc
    Bien sûr que je participe à tout ce cirque, et c’est même ce qui me permet de le critiquer. Quelle légitimité pourrait bien avoir mon point de vue s’il n’était qu’extérieur ?

    Adhérer à un système n’empêche pas d’être lucide, je crois. Et je ne trouve pas incohérent de jouer un jeu plus ou moins « obligatoire » en remarquant au passage certaines contradictions. D’autant que je n’y ai mis aucune animosité.

    Peut-être faites-vous partie de ceux qui nous concoctent année après année de jolies manifestations qui nous permettent de nous rassembler ; et si c’est le cas soyez-en remercié, on a si peu l’occasion de se voir entre nous. Mais, même si je sais que l’art est difficile, permettez-moi de me laisser aller à la facilité d’une critique qui ne se veut pas méchante pour deux sous. Je m’amuse juste un peu des paradoxes que je constate, et si je brocarde le comportement de mes semblables, c’est forcément aussi un peu du mien que je me moque ;-)

    Amicalement

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  9. Principe de base d’une société acceptable :
    participer avec plus ou moins d’entrain (plus dans la mesure du possible),
    critiquer pour améliorer,
    critiquer pour éviter une dérive,
    critiquer pour préserver,
    un peu d’autocritique (pour s’amuser)…

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  10. Si je puis me permettre …

    A l’armée on me disait … « Tais toi et marche » …

    Je n’aime pas cette methode et bien que nageant aussi dans le système comme toute personne de notre société je m’octroi la liberté d’exprimer mes opinions.

    Comme souvent un système connait des derives diverses et variés, parfois annecdotiques, parfois plus serieuses.

    Se taire comme le font beaucoup … ou s’exprimer … :)

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  11. Quel discernement! Quel humour! En ce qui concerne les organisateurs de ces salons, je pense aussi, qu’ils en tirent un profit bien plus important que les participants! ;)

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