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A qui profite(ra) l’ebook ?

A l’occasion de plusieurs discussions à propos de l’impact économique du livre électronique, j’ai récemment été amené à donner mon point de vue sur la cohabitation de ce « nouveau » support avec les livres traditionnels. Enfin, quand je dis que j’ai dû « donner » mon point de vue, ce serait plus exact de préciser qu’il m’a plutôt fallu le justifier, à défaut de le défendre.

En effet, l’ebook a peut-être encore aujourd’hui ses farouches détracteurs (j’en connais) mais il peut aussi compter sur de véritables évangélistes qui, à l’instar de ceux qui clament qu’Internet va tuer le livre, prophétisent avec emphase la fin du papier et l’avènement prochain du tout électronique en matière de lecture. Personnellement, j’ai toujours eu du mal à discuter avec des gens qui n’admettent pas la possibilité que tout ne soit pas aussi tranché que leurs convictions. Non pas que je refuse tout débat avec eux, mais je déplore que ça finisse généralement en confrontation. Toutefois, avec un peu de patience, je pense avoir fait comprendre à ceux qui assistèrent à ces différentes discussions qu’il était inutile d’opposer l’ebook et le livre papier car ils étaient davantage complémentaires que concurrents.

C’est une position qui en a surpris plus d’un et qui, évidemment, n’a pas forcément servi les intérêts de ceux qui vivent exclusivement de la vente d’ebooks. Notamment ces fameux ouvrages qui expliquent que vous pouvez devenir riches en vendant des ebooks qui vous expliquent comment devenir riches en vendant des ebooks qui… etc. Pourtant, le fait est que le livre électronique ne peux pas remplacer purement et simplement le livre traditionnel. Chacun de ces supports a ses avantages et ses inconvénients. Ainsi, à l’ebook, on peut accorder la palme de la très grande souplesse d’utilisation, notamment en matière de recherche d’information ; au papier en revanche, on ne peut enlever la formidable charge émotionnelle rattachée à l’objet-livre, son toucher, et aussi sa disponibilité immédiate sans intermédiaire technologique. D’un autre côté, le livre est figé, volumineux, périssable, tandis que l’ebook est virtuellement éternel, évolutif et totalement immatériel donc susceptible (en théorie) d’être stocké en quantité illimité dans un espace quasi-nul.

En allant plus loin, je citai récemment un critique écossais du XIXe siècle qui disait qu’en matière de livres, on trouvait les ouvrages du moment et les ouvrages de toujours. Pour ma part, je suis persuadé que les ebooks ont leur place dans la catégorie des livres du moment, du fait justement de leur grande souplesse et de leur capacité à être mis à jour en permanence. Mais pour les ouvrages de toujours, c’est-à-dire ceux dont le contenu raconte une histoire, marque une étape ou établit un constat, constitue un témoignage sur une situation donnée à un instant précis, ou encore sert de référence, alors le livre ne sera jamais détrôné.

Il en va de même pour l’utilisation qui sera faite de l’écrit à l’avenir. Avec Internet, on s’est rendus compte à quel point l’écrit pouvait être multiforme : e-mail, chronique de blog, discussion de forum, article de presse, extrait de livre, message instantané… jamais on avait autant perçu la nécessité d’écrire (et donc de lire) différemment suivant le support, l’objet du discours et même le lectorat.

À cet égard, l’ebook apporte (et apportera de plus en plus) sa force à l’écrit provisoire. Économiquement, il va devenir de plus en plus abbérant de produire du papier pour diffuser des informations « volatiles », fugaces, ou tout au moins temporaires. C’est principalement le cas de la presse, laquelle devrait à mon sens envisager très sérieusement sa reconversion électronique à moyen terme. Combien de papier, d’encre et d’énergie en tous genres dépense-t-on pour produire des quantités phénoménales de journaux ou de magazines qui finiront de toute façon à la poubelle à plus ou moins brève échéance ? Qui conserve TOUS ses journaux et TOUS ses magazines une fois qu’il les a lus ?

Le livre, en revanche, est chargé d’une valeur intrinsèque en tant qu’objet, tout d’abord, et ensuite en tant que symbole. Symbole du savoir et de la connaissance, symbole de liberté également, symbole d’une certaine richesse enfin. Richesse intellectuelle, mais pas seulement. Le livre a une importance sociale, il distingue l’érudit de « l’homme ordinaire », et pour un auteur il assoit sa notoriété bien plus que ne le ferait n’importe quel ebook.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, le livre ne disparaitra pas. Mais l’ebook a également sa place à prendre, là où le livre (au sens large du terme, c’est à dire celui de support papier à l’information) n’a plus sa raison d’être, ni économiquement, ni rationnellement, ni même sur le plan pratique quand on parle de renouvellement de l’information et mise à jour permanente.

Ainsi, je pense que l’ebook deviendra le support privilégié des journaux et des magazines de presse, ainsi que des ouvrages dont la vocation première est de donner une information continuellement à jour. En revanche, le livre n’aura pas son équivalent quand il s’agira de faire passer une émotion, de véhiculer un savoir précis, de faire rêver ou encore de permettre à la connaissance de toucher toutes les couches de populations à travers le monde, sans barrière technologique, sans besoins énergétiques, sans autres limites que la langue et l’apprentissage de la lecture. Mais là, c’est un autre combat…

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  1. Sans parler du fait qu’un ebook, au coeur de la campagne profonde, le jour d’une panne de courant, ça ne sert pas à grand chose…

    Et que dire du confort de lecture du livre, mais aussi du journal ou des magazines. On a bien quelques gadgets qui permettent de lire des oeuvres numériques avec un écran adapté, mais la lecture du papier est quand même assez confortable encore.

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  2. Assez d’accord avec votre article. Le livre papier a encore de beaux jours devant lui (le plaisir de lire un roman au fond de son lit reste inégalé ^^).

    En revanche, je pense que tout un tas de livre peuvent avoir un intérêt en numérique. J’ai mis en place il y a peu de temps un portail dédié à des livres numériques sur les jeux vidéo dont la vocation sera dans certains cas de pouvoir être mis à jour. Je rencontre encore des soucis de compatibilité pour pouvoir être lu sur les différents formats d’e-book (problème de mise en page essentiellement). Il va falloir encore du temps avant que le livre numérique devienne aussi simple d’utilisation qu’un bon vieux « poche ».

    http://www.sosjeuxvideo.com

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  3. Bonjour et bravo Bruno
    Excellent argumentaire, bien développé et très juste dans le contenu.
    Je n’ai pas suivi ce débat pour des raisons que vous citez, mais je retrouve bien les arguments fugaces des « vendeurs de rêve ». Si vous avez pu élargir le débat bravo car le livre restera en effet, l’objet des sens en même temps que celui de la conscience.

    Dadga

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  4. Heureux d’entendre plutôt, de lire que les 2 types de médias sont mutuellement utiles et se complètent à merveille. Le média papier pour les livres est quelque chose qui sera perçu de plus en plus comme étant médiévale au fur et à mesure que le temps passera, mais il sera toujours très utiles et appréciés par un très grand nombre de personnes.

    Il y aura certainement une transition, mais elle sera lente et il est fort à parier que ce changement se fera tout en douceur. Le temps que pendront l’ensemble des pays du monde à se convertir à autre chose que des livres papier risque de prendre des décénnies et je dis bien DES DÉCÉNIES.

    Prenez le temps de respirer par le nez dans ce débat parce que le changement se fera probablement d’une façon complètement différente de ce que vous pouvez anticiper maintenant. Personnellement, j’utilise les deux et j’en achète pas moins de livres sinon même plus, puisque la version digital me permet de travailler plus rapidement et la version papier me permet de ne pas dépendre d’un média bouffe énergie qui est toujours un handicap contraingnant et très désagréable.

    Pour le reste, le média électronique rempli toutes les fonctions du média papier et même plus, mais avec plus de contraintes (pour le moment).

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  5. Très belle analyse, une approche philosophique bien agréable à lire sur un forum. Si rare…

    Non l’ebook ne detrônera pas le livre. Il a une spécificité que vous aves soulignée, et qui est issue du média par lequel il se véhicule, le web: il s’agit de sa possibilité permanente de mise à jour.

    Nous continuerons à lire la Chartreuse de Parme dans la Pléiade ou dans Folio, et nous nous tiendrons informés des tendances de l’ecommerce ou de l’indice Dow Jones à travers les ebooks.

    L’ebook ne s’inscrit pas dans le schéma artistique du roman ou dans celui plus ponctuel de l’essai. L’ebook est polymorphe, à tout moment son contenu peut changer de par la volonté de son auteur. Il est un véhicule d’informations. D’informations peut être truquées, parce que notre époque à laquelle l’on trafique la mémoire et la réalité (photos, écrits, vidéos) l’on peut changer le souvenir du passé à tout moment.

    C’est pas de moi: c’est Staline qui l’a inventé.

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  6. Christian VIAL dit:

    Bonsoir,

    Moi je pense que l’ebook, permet la découverte d’œuvres littéraires étant à présent « tombées » dans le domaine public.

    L’ebook permet de s’essayer à lire des œuvres d’auteurs parfois réputés difficiles… Ou très souvent absents des rayons des libraires.

    L’ebook met ainsi la culture à la portée du plus grand nombre, et c’est très bien ainsi.

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  7. Très juste analyse en effet qu’il convient d’appliquer à plusieurs (r)évolutions numériques dont l’issue ne ménage ni les consciences ni les équilibres économiques…

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  8. Sûr que l’ebook en campagne profonde, une nuit (j’anticipe le solaire) sans électricité (bien que la dynamo à manivelle pour recharger …).
    Toute cette technologie va progresser très vite.

    Mais pour l’instant le livre papier n’a pas que des aspects confortables, il aussi des aspects très pratiques :

    Annoter des pages des lignes dans des pages, avoir plusieurs livres ouverts. Passer de la page d’un livre à l’autre lorsque l’on fait des recherches, en ayant plusieurs livres ouverts simultanément. C’est un énorme soulagement pour la mémoire de travail. Tout l’univers tridimensionnel pour s’y retrouver grâce à la « synesthésie » de nos sens, quand on bosse en navettant entre plusieurs bouquins de formes, d’aspects de couleurs différentes.
    Marquer, corner une page …

    Il reste encore un peu de temps avant que, de manière très efficace, la technologie acquière, en plus des siens propres actuels, ces côtés pratiques qui sont bien moins anodins qu’on ne le pense. Quand on y pense.

    (C’est un « fan » d’ebook qui tapuscrit. Et celui-ci attend avec impatience le support hardware : livre électronique; livrel; ecolivrel; lecteur de ebook; liseuse à 50 euros, pour lire ses ebooks où qu’il soit des qu’il a du temps de libre. Parce que 250 à 500 euros un machin qui, de surcroit, va beaucoup bouger dans les main, et partout … ça fait mal au pauvre.)

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  9. Pourrait-on connaître le nom du critique écossais « cité » ?

    Merci d’avance et merci tout court pour ce point de vue :-)

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  10. Le critique écossais s’appelait John Ruskin :-)

    http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Ruskin

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  11. Article très intéressant mais certainement pas du goût d’un esprit  » digitalement commercial  » ou même  » végétalo  » commercial.
    D’ici quelques années, je me vois quand même mal à mettre mes épluchures de légumes sur un e-book. ^^

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  12. Dés l’avennement de l’ordinateur, déja l’on disait que le papier n’existerait plus…. :D

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  13. Bonsoir,

    Sur mon pocket pc j’ai une véritable bibliothèque ambulante, ce qui me permet de lire à tout moment au gré de mes envies…

    Pour ce qui est de « corner » les pages, aucun problème mobipocket le fait très bien.

    J’ai pendant longtemps pensé que jamais je ne lirai un livre électronique.

    Cela peut sembler paradoxale mais à ce jour je déteste toujours lire un livre sur un écran d’ordinateur, mais avec un pocket pc bien en main là c’est vraiment différent, mis à part le « toucher » du papier je ne voit plus beaucoup de différence.

    Une petite question quand même, est-ce que les livres du domaine public sont en version originale et intégrale ?

    Bonne soirée à toutes et à tous.

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  14. coin-coin dit:

    Très bon article.

    En effet, le livre papier et ce qu’on appelle e-book seront complémentaires. Il n’y aura pas de « guerre » entre eux. Tout dépendra des usages. Certains usages favoriseront le livre papier, d’autres favoriseront le livre électronique.
    De plus, le livre électronique devra tirer parti de ce que lui apporte la technologie. Il ne restera certainement pas sous sa forme actuelle : une imitation du livre papier. Il permettra bientôt d’écouter du son, de lire des videos (sur papier électronique), de communiquer avec d’autres lecteurs en rapport avec l’oeuvre, … Tout cela se conjuguera également à la convergence des supports qui fera que le téléphone se joignera également à cet appareil.
    Dès lors, le terme de livre ne conviendra plus puisque les fonctionnalités seront bien plus étendues que celle d’un livre traditionnel.
    Voilà pourquoi le livre papier gardera son identité qui résidera dans la lecture immersive, loin de toutes stimulations extérieures à celle de la vision du texte dans ce qu’il a de plus austère au sens noble du terme.

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  15. Oui, article intéressant d’autant plus que le sujet est dans le vent…Effectivement, la démocratisation du livre électronique dépendra de deux facteurs principaux: d’une part, le support de lecture en lui-même, qui devra disposer d’un confort d’usage susceptible de convaincre les réticents, d’autre part l’offre elle-même, qui devra s’étoffer au fur et à mesure (se pose aussi le problème des DRM).
    Pour répondre à un post plus-haut, oui, les oeuvres du domaine public sont normalement complètes et originales.Voir un site comme Livres pour tous, qui en propose toute une multitude en téléchargement gratuit et légal.
    http://www.livrespourtous.com
    :D

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  16. Je suis curieux* de voir le passage des journaux (imprimés) vers l’ebook ou autre moyen de lecture.

    *curieux, car avec le syndicat du livre qui contrôle tout cela, ça doit freiner des 2 pieds. :mrgreen:

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