S'abonner: Articles | Commentaires | E-mail

Petit historique et révolution en cours de l’expression française

Le français est très largement issu du latin oral et populaire. Un document de 842 est considéré comme le premier écrit en français. Au Moyen Age, le français est constitué d’une foultitude de dialectes régionaux inscrits dans deux parlers principaux : les parlers du Nord et les parlers du Sud. L’affermissement des capétiens privilégiera les parlers d’oïl, l’expression générale du Nord. L’usage d’une langue compréhensible par tous est lié, en premier lieu, aux progrès, à la centralisation d’une administration et d’une justice dans le pays, qui eux-mêmes s’appuient sur une langue commune. En France, cet aspect est légalement souligné dès le début du XVIème siècle. Nous sommes sensiblement à l’époque des premiers grands mouvements d’émigrations qui expliquent les parlers français qui ont évolué indépendamment. Un siècle plus tard, Richelieu a fondé l’Académie française dont la mission est de fixer la langue française, de lui donner des règles, de la rendre pure et compréhensible par tous. Depuis 1635 le français va donc encore évoluer profondément au rythme de tout ce qui fait la vie et ces évolutions, parfois des révolutions, seront plus ou moins rapidement adoptées, « officialisées » par l’Académie française.

Le début du troisième millénaire voit une profonde révolution du français sous l’influence de technologies majoritairement anglo-saxonnes. Une de ces technologies concerne très directement les lecteurs de MoteurZine : les algorithmes des moteurs de recherche.

Même si le coût écologique d’une recherche Internet interpelle aujourd’hui, il restera toujours inférieur à celui de l’édition papier. Il ne fait pas le moindre doute que l’information et la culture passent déjà largement aujourd’hui par Internet et que cette tendance ne pourra que s’accentuer. Il est donc important, pour que son message passe, de le libeller d’une certaine façon, celle dictée par les moteurs de recherche.

Le positionneur, n.m. du latin positio – non pas la définition de l’Académie française d’un accessoire propre à orienter et maintenir facilement une pièce pendant la soudure – mais une nouvelle définition à faire adopter : celle de professionnel spécialisé dans la création de textes propres à être répertoriés en bonne position sur une requête précise dans un moteur de recherche, influence, et influencera de plus en plus, l’expression française.

La si riche en nuances langue française évolue dans une direction nouvelle, employée à mettre en avant un message. Plus de synonymes, de pronoms et autres, à définir un sujet devenu une requête souvent commerciale : il est martelé sous une seule forme et surtout le plus souvent acceptable, non pas par un licencié en lettre mais bien par la fameuse ménagère de moins de cinquante ans. Le dictionnaire des synonymes est lui relégué à diluer au maximum les composantes secondaires du texte. Les tournures d’esprit et autres efforts créatifs se trouvent eux principalement élaborés à lier deux pages du même sérail, valeur des ancres obligent, ne traitant souvent pas du même sujet, avec les mêmes mots ; « piégeage » des machines qui en estimeront la valeur oblige.

Mesdames, Messieurs les positionneurs (décréterons-nous le substantif invariable ou pas ?), il est grand temps de trouver, sur Internet, l’artisan ad-hoc à créer l’épée de chacun de ces nouveaux directeurs spirituels des honorables académiciens. Il serait peut-être judicieux que cette épée s’accorde avec un uniforme d’apparat que je verrais personnellement bien noir.

VN:F [1.9.11_1134]
Votez pour cet article :
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
VN:F [1.9.11_1134]
Rating: 0 (from 0 votes)

Pour compléter votre lecture :


  1. Une remarque, un espoir peut-être qui vient à n’en pas douter du « slam »… à la française bien sûr. Il semblerai donc, messieurs (et dames) les académiciens que l’esprit aussi clair que le vif de lame se retrouve ces temps-ci bien plus à St Denis qu’à Neuilly… Ce qui, comme le dirait peut-être monsieur Lereche nous prédisant l’avenir:  » ah, bèn ça c’est noir, noir de café évidemment ».

    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0 (from 0 votes)
  2. Foi de souris à deux pattes, les seules qualités d’un moteur de recherches sont celles que lui ont donné ses concepteurs humains. Un moteur de recherches… cherche, puis affiche les résultats de sa recherche. Un peu plus perfectionné il suggère des orthographes – mieux vaudrait dire des « graphies » – voisines. Le tout peut se programmer avec des algorithmes très compliqués.
    Ce qui est probablement au-dessus des capacités de n’importe quel ordinateur, c’est de trier les résultats obtenus en fonction des subtilités de la langue donnée (française ou autre) parce qu’il faudrait recenser tous les cas de figures pour un mot donné. Exemple au hasard : « Je souris à ma souris d’un souris enjôleur », « souris » étant au masculin une vieille forme de notre « sourire ».
    Et maintenant un piège à moteur plus courant : le « chat ». Oui, le bon vieux « chat » français, attrape-souris de longue date, tout surpris d’avoir vu débarquer dans sa langue natale un « chat » bavard de facture électronique. Un matou qui aimerait bien que ce « chat » peu félin soit définitivement orthographié en « tchat », voire en « tchatte » avec deux « t » bien sonores.
    Bref, le problème, ce n’est le devenir du français (ou de toute langue autre que l’anglais) par rapport à Internet, parce qu’un être humain maîtrisant sa langue maternelle se sortira de toutes les chausse-trapes motorisées de la Toile. Donc pour que les épées des Académiciens ne deviennent pas aussi noires que des trous de souris mal éclairés, une seule solution : apprendre à chacun les subtilités de sa langue. Mais ça, ce n’est ni le rôle des moteurs, ni celui des autres machines…

    DS

    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0 (from 0 votes)
  3. Très joli texte. dans la forme et le fond. Bravo pour le rédacteur.

    Orwell, dans « 1984″, écrit en 1948, avait eu cette approche visionnaire d’une langue simplifiée, exangue de toutes nuances, érigée en standard dans un but de domination politique. Il appelait ça la cannelangue, la langue des canards, dans laquelle bien = bon, très bien = double bon et excellent=double plus bon. L’idée de la cannelangue était de limiter les nuances, génératrices de concepts politiquement dangereux, afin que tout le monde ne pût s’exprimer qu’au moyen d’un champ lexical restreint. Quand on ne peut plus rien dire, on cesse de critiquer.

    En matière de cannelangue, il y a plus fort que le web: ce sont les SMS dont le contenu et la forme sont à faire pleurer. Le jour où je m’en suis rendu compte, j’ai jeté mon téléphone portable aux orties, et je m’en porte mieux: plus personne ou presque ne m’emmerde, en tout cas pour le faire ils sont obligés de se déplacer et de venir me voir.

    Mais je ne crois pas que la recherche sur le web, ou la manière dont on doit écrire pour être lu sur le web relève de ces aberrations.

    Les SERPS disponibles sont en croissance exponentielle. S’il y a 10 ans l’ont trouvait un résultat satifaisant à la requête « auto » je doute qu’aujourd’hui les 803 millions d’occurences proposées par Google apportent une réponse à votre question. L’on va donc être obligé de raffiner sa recherche, d’utiliser des requêtes à mots multiples et donc d’élagir son vocabulaire. Ce dont devront tenir comptes les rédacteurs de site web.

    Par faire allusion à une vielle chanson paillarde, je me permettrai un petit pastiche: « Mais non mais non le français n’est pas mort, Car il b… encore »

    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0 (from 0 votes)
  4. On voit bien là la plume européenne, ou communiquer en français semble noble, voir même chevaleresque… C’est quand même drôle de vous lire, noble chevalier, quand votre roi, Sarko, traite les francophones d’Amérique de sectariste !!! (comme quoi ce n’est pas tous les défenseurs du français qui sont nobles, semble t’il… ).

    Une langage, c’est quoi au juste si ce n’est qu’un moyen de communication parmi tant d’autre. l’Académie n’a pas pour but unique de rendre cette langue universelle, au contraire, elle crée aussi deux classes de gens, ceux qui savent bien écrire (amis des précieuses et des nobles de la cours) et les autres; le p’tit peuple inculte et les immigrés ayant adopté le français comme langue seconde. Ainsi les nobles peuvent snober allègrement la seconde classe qui se reconnait facilement par ces lacunes d’écritures. À force de compliquer l’écriture de cette langue, avec ces milliers d’exceptions grammaticales, on oublie que l’écriture, toute langue confondue, trouve sa source originelle dans le langage parlé. La révolution de l’invention de l’alphabet est phonétique (si on veut faire compliqué, aussi bien retourner a l’époque des pictogramme et des hiéroglyphe). Faudrait peut-être repenser nos communication en terme de la phonétique au lieu de toujours ajouter des lettres qu’on entends pas et qui servent à rien (exemple; pourquoi le mot héros prends toujours un «s» ? Ou est la logique ? Quand il y a plusieurs héros, faut-il mettre 2 «s» ???)

    Selon moi, les SMS retournent à la base, quand l’alphabet fût inventé, c-a-d communiquer par lecture phonétique. Ce n’est pas du Cannelangue qui élimine des mots (bien au contraire : les mots du web tel « geek » et « buzz » ont été ajouté au dictionnaire Larousse), c’est plutôt de retrouver l’essence d’un moyen de communication dont le but est de dialoguer, ni plus ni moins. Quand on écrit « mdr » a-t’on retirer du dictionnaire les mots « mort de rire » ? Non, on a simplement fait court en sachant que tout le monde à qui s’adresse notre message comprendra (et tant pis pour ceux qui par puritanisme grammatical manque une chance de dialoguer). Ceux qui pestent contre le dialecte web oublient que celui-ci vient de l’époque des BBS, et qu’à cette époque, le temps «en ligne» était compté (et facturé). Tout comme le nombre de lettre en SMS est compté. Sur les BBS on avait souvent que 30 minutes gratuites pour communiquer avec nos amis «BBSeux», alors fallait couper au plus court, fallait sauver du temps. C’est pourquoi on écrivait «au son», que « c’est, ses, sais et ces » est devenu « c ». Il y a une historique à cette forme de communication, cet hybride entre la sténo et l’écriture, il ne faudrait pas l’oublier …

    Ceci dit, pour le référencement, si notre auditoire est exclusivement francophone, les mots clés français font très bien l’affaire, à nous SEO de trouver le mot juste, c’est tout. Le français est formidable pour ça car il y a beaucoup de subtilité dans les mots ce qui nous permet de trouver le mot juste sans devoir utiliser 4-5 mots pour communiquer la même idée. Pour les traductions, il y a l’outil de traduction Google qui nous permet de faire des recherches sur des sites qui communiquent avec une autre langue que la nôtre. Pas besoin de traduire les mots clés dans ce cas, les traducteurs de site avec engin de recherche le font pour nous.

    Alors pas besoin de «curé d’autrefois portant la robe noire» pour nous montrer la «voie de la vérité noble» du SEO franco, les internautes sont assez débrouillard pour trouver leur voie et leur porte-voix eux-mêmes.

    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0 (from 0 votes)
  5. « Si je t’ai blessée, si je t’ai fais de la peine
    Viens pleurer au creux de mon, épaule »
    Charles Aznavour

    Je m’excuse d’avoir mis tant de temps à vous répondre. Je ne préoccupe pas trop des répercussions de mes réponses aux billets.que je lis ci ou là. Mais à l’occasion, je consulte de vieux articles.

    Je vous sens blessée, et je voudrais m’en expliquer avec vous.

    Tout d’abord sachez que je ne suis pas un SEO, ni un prêtre qui chercherait à vous mettre sur une voie quelconque. Je n’ai pas de conseil à vous donner, sauf un : je suis en train de reprendre les thèmes de votre post à l’envers – quand on écrit pour le web, on place la chute au début, ai-je entendu..

    Il ne faut pas en vouloir à quelques français (une minorité je vous assure) de vouloir stupidement s’éreinter à écrire correctement. C’est une génération qui va disparaître du fait de l’âge, La génération de mes enfants, celle su SMS, pratiquera la cannelangue, qui n’est pas du tout un retour aux origines du langage. Allez sur Facebook, vous comprendrez ce dont je parle.. Si l‘espèce est douée, d’ici deux à trois mille ans ils communiqueront par télépathie. Si vous aves des actions Nokia, vendez-les. Dans 2999 ans. Je ne veux pas que ce billet signe l’effondrement de leur titre en bourse. Dans l’hypothèse contraire, nos enfants deviendront complètement idiots. Comme l’avait prédit Orwell.

    Vous comparez les SMS à un code. Vous avez mille fois raison. Qu’est-ce qu’un code ? Un moyen de communiquer entre personnes initiées. Je n’ai rien contre les jeunes qui essaient désespérément de se créer une personnalité, qu’ils tentent d’affirmer en se copiant les uns les autres : codes vestimentaires, linguistiques ou autres. Mais où est l’intérêt du code quand on est adulte ? ( excusez-moi, j’ai encore des soubresauts existentialistes par moments, mais je suis une analyse).

    Bien sûr qu’il y a mille moyens de communiquer, et que le langage n’en est qu’un seul. Mais qu’est-ce que vous voulez faire dans la vie ? Discuter avec des canards et des caribous ou bien échanger des idées avec des humains. ? Et dans ce cas-là, ne devrait-on pas encourager l’emploi d’une langue nuancée ? Quelle qu’elle soit ? (Il paraît que le hongrois est assez nuancé mais tous ceux qui ont essayé de l’apprendre sont devenus fous).

    Je voudrais vous faire abandonner cette idée selon laquelle écrire en bon français serait une manifestation de snobisme. Vous l’écrivez vous-même avec une parfaite maîtrise, et je me demande si derrière votre interrogation ne se dissimule pas un vieux complexe d’infériorité : culture opprimée et ce genre de choses. Mais si vous voulez mon sentiment, ce n’est pas la littérature française qui opprime le Québec.

    Allons, soyons clairs : je vous irrite ? Dites-moi oui, ça ne changera rien dans ma vie. J’irrite déjà ma femme .

    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0.0/5 (0 votes cast)
    VA:F [1.9.11_1134]
    Rating: 0 (from 0 votes)

Laisser une réponse